Départ de Bordeaux.

Je traverse le Sahara en 404 bâchée pour me rendre au Burkina Faso. J’ai 16 ans.

 

1993 : Sélectionnée pour participer à l’atelier d'expérimentation pédagogique orchestré par Thierry de Duve, je rencontre entre autres parmi les intervenants invités Jacques Kerchache, Bruly Bouabré, et Yaya Savané, voir

1995 : séjour de recherches à Abidjan (République de Côte d’Ivoire), voir

1996 et 1997 : séjours de recherches à Koudougou (Burkina Faso)

 Autoportrait

(bronze, technique de la "cire perdue", techniques diverses : peau de chèvre, écorces, cire, tissus, tiges de mil...),

Koudougou (Burkina Faso), 1997

 1997 : moulage sur nature, buste d’un enfant atteint de kwashiorkor, Koudougou.

Ce moulage deviendra une pièce majeure pour une installation : voir

 

L'intérêt tout particulier pour ce mélange de complexité et d’énigme que soufflait pour moi le mot “Afrique”, mon penchant naturel pour l’errance vers l’ailleurs me conduisit à élargir un champ d’expériences, d’interrogations. J’avais, en effet, besoin de me détacher de l’objet plastique et esthétique au bénéfice d’actions plus directes : l’utilisation de la vidéo a alors fait partie d’une découverte puis d’une évolution. Le clown, prétexte initialement de jeu et d’auto dérision, était devenu à travers le détournement de mon image un support stimulant pour préciser, dans une sorte d’urgence, mes convictions. Au travers d’actions performances provocantes, teintées d’humour, j’expérimentais par tout le corps le trop plein d’une société qui me paraissait être de plus en plus désenchantée. Tous les moyens étaient alors bons pour (ré) agir, pour aller contre le consensus et pour transgresser, pervertir les règles. Le réseau amical et professionnel que j’avais créé avec l’Afrique de l’Ouest me permit de m’impliquer dans un rythme, un temps social et culturel différents. Les actions que je réalisai relevaient plus d’un processus d’échanges sociaux et culturels que du projet artistique. Il s’agissait, en effet, d’éprouver les capacités de résistance de l’art à l’intérieur d’un contexte donné. Il était pour moi nécessaire de prendre en compte cette dimension hybride, multiculturelle qui contribuait à régénérer ma relation au monde. De l’implication physique de mon corps sur la matière, je basculais vers un jeu avec mon corps. En partant du maquillage sur mon visage et donc d’une surface d’écriture, j’ai progressivement utilisé une tomate (que j’avais moulée) posée sur le nez comme un masque (voir). Cet accessoire révélait une seconde peau, une identité qui devenait une idée abstraite de la personne. Ce masque m’octroya une liberté totale d’action dont je revendiquais le caractère puéril. Cependant, à l’époque, je les considérais comme une des étapes indispensables pour assurer mon positionnement de jeune femme artiste et citoyenne.

 

                 Adam & Eve,

vidéo (boucle), Koudougou, 1997

 

Je pensais ici entre autres au Ciné-sketch, (1924) avec Brogna Perlmutter et Marcel Duchamp : en faisant référence à la peinture classique, celle de Lucas Cranach l’Ancien, peintre et graveur allemand (1472-1553), ils s’étaient travestis, nus, en Adam et Eve ; des feuilles de vigne cachant respectivement leur sexe.