Sélectionnée pour l'atelier d’expérimentation pédagogique, à l'école des beaux-arts de Bordeaux dirigé par Thierry de DUVE structuré selon deux thèmes « L’afrique » (intervenants : Bruly BOUABRE, Jacques KERCHACHE, Jean-Hubert MARTIN, Jean-Paul THIBEAU, Luc LANG, Daniel DOBBELS, Sylvie BLOCHER, Yaya SAVANE et « La renaissance » (intervenants : François MARTIN, Hubert DAMISCH, Jean-Pierre REHM...), juillet 1993

 

« Il s’agissait de confronter nos stagiaires (en vrac) au problème de l’identité et de l’altérité, au métissage des cultures, à notre propre passé colonial, à l’héritage “primitiviste” d’un certain art moderne occidental émerveillé par l’ “art nègre”, etc. Quand on pense à l’art africain, on ne pense pas d’abord à la peinture, on pense à la sculpture, à la danse et à la musique, ou à l’art des griots et des conteurs. Les deux premières semaines du stage privilégieraient donc la sculpture taillée, la construction, le collage et l’assemblage, le geste, la performance, le son et la parole. D’autres arguments, plus politiques, plaidaient pour cette thématique alter-culturelle. (…) Il suffisait de noter la fécondité des hybridations culturelles en musique pour se dire qu’il y avait là une source d’énergie que les arts plastiques commençaient à peine d’explorer. Nous étions neuf ans avant qu’Okwui Enwezor soit le premier Africain à diriger Documenta, et l’idée que la sensibilité dont témoignaient Les Magiciens de la terre devrait pénétrer les écoles d’art était nouvelle. Il fallait y aller ». 

 

 « Le scénario ne prévoyait rien de plus, mais il m’a guidé pour le casting. (…) Ce fut Frédéric Bruly Bouabré, vieux sage à la culture immense, faux « nègre blanc » roublard qui a su comme pas un se faufiler dans les failles du système colonial, dessinateur caustique, inventeur d’un alphabet pour son peuple bété “sans écriture”, et merveilleux conteur. (…) Yaya Savané, conservateur en chef du Musée national d’Abidjan, l’accompagnait. A eux deux, ils ont animé des après-midi entiers de la quinzaine “Afrique”, avec parfois le concours passionnant d’un troisième comparse, le regretté Jacques Kerchache (…) ses débats avec Yaya Savané furent inénarrables, qui opposaient dans une ambiance cordiale mais électrique l’Africain, formé à l’ethnologie en Allemagne de l’Est et devenu ethnologue de sa propre culture, à l’Européen, tenant d’une esthétique universaliste mais parfaitement capable de placer telle ou telle pièce dans sa culture propre et son usage précis. Je pense que les étudiants ont plus appris en les écoutant que s’ils avaient lu cent fois les échanges entre Bill Rubin et Tom McEvilley à propos de la fameuse exposition du MoMA,

Primitivism ». 

 

 

Thierry. de Duve, Faire école (ou la refaire ?), Nouvelle édition revue et augmentée, Genève, Les Presses du Réel, 2008, pp. 13-14



 

 

J. Avenel, Le corps amoureux (os, fer, oeil, cheveux, gant de forge, nuisette), 1993.

 

D'après le sujet proposé ("Le corps amoureux") par Sylvie Blocher lors d'un des ateliers d'expérimentations pédagogiques.