L'ombre des absents, pelouse 2m2, 2012-2013, 
Installation in situ, Pavillon du jardin, Institut Culturel Bernard Magrez, Bordeaux, Exposition La Belle & la Bête. Regards croisés sur la beauté  (13-10-2012 au 27-01-2013), photos Bernard Fontanel.


L'ombre des absents, installation, pelouse 8m2, La Nouvelle Galerie, Bergerac, 2012, photos Bernard Fontanel.

Brûlures, corrosions, pulvérisations autour d’un corps qui en s’absentant, laisse visible – comme esseulée – son empreinte négative. L’ombre des absents est celle qui devient l’écriture de la présence absente ou de l’absence présente. L’objet est toujours déjà perdu mais l’empreinte, la trace en creux fait survivance.

 

L’ombre des absents est dans le temps de la matière vivante. Elle est une œuvre

« éphémère » évolutive, dont la durée égale celle du cycle naturel du végétal. La pelouse est une forme en travail, elle questionne la notion de temps, de changement, de modification irréversible. L’ombre des absents invente tous les jours. Des choses sont à l’œuvre, métamorphoses invisibles qui nous échappe : la pelouse repousse parfois timidement à l’intérieur de la trace brûlée, telle une graine en sommeil que le choc thermique (le feu) réveille dans sa germination. On pense alors aux graines qui attendent 20 ans dans le désert avant de germer ou comme le ginkgo qui est le plus vieil arbre connu dont on dit qu’il est un fossile vivant. Dans cette installation tout est fragile. Incertain. Elle impose un paradoxe : d’un côté il faut sans cesse aller contre la performance de la nature (la pelouse) car il faut la maintenir dans le temps (le temps de l’exposition) alors qu’elle n’arrête pas de bouger – l’herbe pousse, jaunit parfois. L’œuvre échappe, questionne, inquiète puisqu’elle invente constamment – ce qui nous renvoie encore à cette obsession du temps qui passe et ce à que nous aimerions retenir. L’installation se tient en ce point précaire qui fait des fragilités des forces ou réciproquement. Elle porte, en son processus même, quelque chose de rassurant puisqu’elle vit et bouge. La forme n’est qu’une étape transitoire où le vivant reprend (ou pas) son règne. Mouvement redoublé par une présence physique humaine quotidienne qui accompagne l’installation : arroser l’herbe, la couper.

Les rituels (me) rassurent. On est dans, avec l’œuvre.

 

Dans le Pavillon du jardin il y a aussi cette fenêtre. Fenêtre considéré depuis le XVe siècle par Alberti comme celle par laquelle on peut regarder l’histoire : l’art comme fenêtre ouverte sur le monde. Elle nous mène au dehors, à l’extérieur vers ces deux silhouettes de Germaine Richier L’orage et L’Ouragane. Elles se tiennent là, au loin, face à nous, droites, debout, immobiles nous narguant de leur puissance. Comme une allégorie visible, leur présence spectrale présage, en écho à la silhouette brûlée, de cette vanité terrestre.